Moulay Isma’il (1082 -1139/1672 -1727)
Moulay Ismail, son successeur, à l’impatiente pugnacité, exerça son infatigable activité sur toutes les branches de l’administration Makhzen. Son esprit d’entre¬prise l’avertit que seule une 1 circulation monétaire saine et rapide, pouvait assurer la vitali¬té du commerce et des rentrées régulières au Bayt el-Mâl (Trésor); aussi songea-t-il à créer le premier dinar de la dynastie, le bunduquî, étalonné sur le sequin de Venise qui était la mon¬naie de référence dans les grandes villes commerçantes de la Mediterranée. Les frappes d’or étaient concentrées à Meknès (1a capitale), Fès et Marrakech, tandis que le monnayage d’argent et de bronze était étendu à d’autres ville s comme Rabat et Safi.
Témoins inexorables de ce long règne de puissance, ces séries monétaires révèlent par leur constance une période de prospérité au Maroc. Si bien qu’à la mort du souverain, alors que six de ses fils se disputaient âprement le trône, le pays n’eut à souffrir ni d’une pénurie monétaire ni d’une crise politique: signe manifeste que ce grand roi avait achevé d’assoir définitivement l’unité du Royaume.
Sidi Muhammad Ibn’ Abd Allah (1171-1204 H/1757-1790)
Sous le règne de Sidi Muhammad Ibn Abd Allah, la monnaie se diversifie et les ateliers se multiplient. Pour assainir la circulation métallique alourdie de nombreuses espèces étrangères, le souverain reévalue les pièces d’or en créant de nouveau le bunduqi de son grand-père. Par la même occasion, abandonnant la mouzouna d’argent, il instaure le dirham, qui retrouve son poids légal (2,93g), et
son décuple, le Mithqal, petit chef d’œuvre dont les rares exem¬plaires parvenus à notre époque font l’objet de la convoitise acharnée des collectionneurs. Au change, le bunduquî équivalait à deux mithqâl.
Mais, fait important à signaler, à peine émis, bunduquî et mithqâl finissaient dans les jarres (nos bas de laine).
La loi de Grescham (1a mauvaise monnaie chasse la bonne) exerçant son effet per¬vers, le monarque fit graver sur ces pièces de haute valeur une inscription religieuse qui prédisait un sort funeste aux thésauri¬sateurs. Frappées cependant à une cadence très réduite avec des techniques rudimentaires, elles n’étaient pas produites en quanti¬tés suffisantes pour nourrir ~ une circulation de plus ,en plus intense. Découragé, après avoir tenté vaine¬ment de confier son monnayage d’or à l’Hôtel de la Monnaie de Madrid, et à défaut de disposer d’un balancier mécanique dont l’usage était généralisé en Europe,
Sidi Muhammad se limita à frapper des dirhams dans plusieurs villes du pays pour répondre au volume croissant des transactions et atténuer quelque peu l’impact grandissant du real espagnol sur l’écono¬mie marocaine.