« Quand la monnaie raconte l’histoire …
La monnaie raconte, souvent mieux que d’autres vecteurs, un passé dynastique et la construction communautaire d’un Etat-nation qu’elle accompagne. Le passé monétaire des Alaouites témoigne des profondes mutations financières connues par le Maroc
Lorsqu’au milieu du XVII’ » » siècle, succédant aux Saadiens, les Chérifs alaouites parvinrent à établir leur autorité sur le Maroc, ce pays était en proie à une grave crise politique, sociale et économique. L’instabilité politique, le déclin de la vie urbaine, les guerres et épidémies avaient accentué la crise financière.
Le stock de métal précieux que détenait le Makhzen saadien s’était progressivement amenuisé, et à la fin de cette dynastie, la monnaie d’or (le dinar) et les espèces monnayées en argent (le dirham avec ses multiples et subdivisions) disparurent complètement de la circulation.
Plus d’or, plus d’argent: le grand commerce de la Méditerranée se retire du Maroc où une économie fruste s’organise localement, essentiellement sous le signe d’une monnaie de bronze (fels), fortement dépréciée. Tel est le visage du Maroc à l’avènement des Alaouites.
Moulay Rachid (1075-1082 H / 1664- 1672)
. En rétablissant l’ordre, Moulay Rachid hérita d’une tâche ardue: celle de la remise en état des finances publiques et de la mise en place d’un système monétaire cohérent. Le jeune souverain avait des vues audacieuses. Il décida d’abord de réviser le système fiscal en supprimant les impôts extraordinaires qui frappaient des populations misérables. Il ordonna ensuite, le 23 mai 1669, la fabrication d’un dirham d’argent d’un type nouveau, appelé communément « mouzouna » (0,73g), pour enrayer le troc qui était devenu pratique courante.
Enfin, il vint en aide aux commerçants de Fès et d’autres villes en leur avançant d ses propres deniers 50 quintaux d’argent monnayé. Cet appel d’air provoqua I relance de l’économie.
Issues des ateliers de Fès, Sijilmass Marrakech et Rabat, les différentes émissions d’argent témoignent de la judicieuse politique du souverain qui avait laissé l’autonomie de frappe à chaque province pour favoriser le commerce régional. Quelques temps après, en novembre 1670, débute le monnayage de bronze, pour remplacer les fels en circulation – qui étaient de valeur variable – par une unité fixe. Avec l’instauration d’une nouvelle monnaie, expression d’une autorité souveraine, la masse dinars qui était thésaurisée refit surface, la valeur au change or/argent retomba 12/1, comme au temps du Saadien Mansour, sous l’effet conjugué de la régulation du circuit monétaire et de l’impulsion donnée aux échanges avec l’extérieur. Moulay Rachid meurt accidentellement en 1672, laissant derrière lui un Maroc à peine unifié, mais une œuvre immense.